“Je suis devenue adepte du minimalisme”

“Je suis devenue adepte du minimalisme”

19 January 2019 0 By Zoreole974

“Le vêtement; c’est l’âme humaine”, écrivait Michel Tournier. Sur Vinted, une des nombreuses plateforme de revente de vêtements, vous pourrez donc perdre votre âme comme y retrouver 100 autres. Pour se faire un peu d’argent ou pour respecter une philosophie de recyclage-on-préserve-la-planète-en-consommant-moins, pour se refaire une garde robe peu chère, trouver des pièces rares ou écouler ses vêtements pour en acheter de nouveaux en suivant le cycle infernal de la mode, les “Vinties” sont chaque jour de plus en plus nombreuses… Pour mieux les comprendre, j’ai interrogé plusieurs d’entre elles. Cette semaine, voici Alicia (@Alicia_dijon)

Quand on traîne sur un site de revente de vêtements, on s’attend souvent à tomber sur des fashion victims aux placards qui débordent, en quête de rédemption. La réalité est bien plus diverse que ça ! Alicia_dijon, 30 ans, a bien voulu se prêter au jeu des questions. Et devenir mon premier portrait. Merci à elle !

Alicia devant son dressing, de dos. On y aperçoit trois paires de chaussures, et une vingtaine de vêtements sur portant.
Le dressing d’Alicia. 3 pantalons, quelques chemises… une quinzaine de vêtements qu’elle renouvelle à condition de vendre en contrepartie.

Alicia a découvert le site Vinted en juillet 2018, en même temps qu’elle commençait une période de chômage. “Ah oui?”, s’étonne-t-elle. “Je n’avais jamais fait le rapprochement”. Sa voix est douce, fluette, en parfaite résonance avec son physique. Avec ses 1m 62 pour 53 kg, la jeune femme s’est muée en quelques mois en experte de ce célèbre site de revente entre particuliers. Chaque jour, elle note consciencieusement ses ventes… et ses dépenses. Car si aujourd’hui Alicia vend plus qu’elle n’achète, et achète principalement dans l’optique de revendre ensuite, elle a n’a pu résister à l’appel de la fringue.

Le cahier d’Alicia, où elle note scrupuleusement ses ventes et achats, avec les étiquettes d’envoi à Mondial relay.

“On trouve sur le site beaucoup de vêtements de marque à petit prix que je n’aurais pas pu acheter neufs. Et puis j’aime bien la dimension écolo de la seconde main, ce n’est pas qu’une question de prix. On achète des vêtements qui viennent de France (bien qu’ils aient été pour beaucoup produits en Chine, ndlr), donc cela implique moins de transport, et moins d’exploitation des ressources, l’industrie textile étant un très gros pollueur.”

N’empêche, comme pour beaucoup, c’est d’abord dans l’optique de désencombrer ses placards que le virus Vinted s’est emparé d’elle. “J’ai découvert le minimalisme lors d’une conférence donnée par Bea Johnson (une franco-américaine adepte du zéro-déchet, ndlr). J’ai tout de suite décidé d’appliquer sa philosophie de vie à mes placards. J’adore les vêtements, mais j’ai décidé de moins consommer. Mon dressing, je l’aime, je le range toutes les semaines. Je porte des vêtements que j’ai acheté sur le site, puis je les revends.” Marie Kondo, elle connait, mais la Japonaise-papesse-du-rangement qui fait des émules depuis quelques années n’est pas sa tasse de thé.


Mon dressing se compose aujourd’hui d’une vingtaine de vêtements au total.

” En 2, 3 mois, j’ai réussi à me débarrasser de la plupart de mes habits. Il ne me reste que quelques affaires (photo), que je connais par cœur. Une quinzaine de vêtements contre une centaine au départ. J’adore la mode mais j’ai décidé de moins consommer. Mon dressing, je l’aime, je le range toutes les semaines. Mes affaires d’été tiennent dans une valise. Quand je pars en vacances, je n’ai qu’à la prendre… et je suis prête”.

Pourquoi ne pas avoir choisi la solution la plus rapide, et la plus “éthique”, en donnant ses vêtements à des associations ? “Je l’ai fait, mais je préfère vendre mes vêtements car si une “Vintie” (nom donné aux utilisateurs du site) choisit un de mes articles c’est qu’elle l’aime et qu’elle le portera. Les affaires que je donne à Emmaüs sont parfois recyclées et sont vendues plus chères que mes prix sur Vinted, en tout cas pour l’Emmaüs de Dijon. Comme c’est pour me débarrasser, je les vends à 1 ou 2 euros. Cependant, tous les deux mois je dépose quand même mes vêtements perso invendus à Emmaüs pour me faire de la place.”

Au delà d’une certaine paix intérieure, Alicia a su se créer un petit complément d’argent. “Je suis au chômage, et chaque mois j’arrive à me dégager entre 150 et 200 euros, ce qui n’est pas négligeable et explique le temps passé sur cette application”. Pour ce faire, elle étudie soigneusement le marché.

“Je regarde ce qui se vend, et à quel prix. J’achète et revend de quelques euros plus cher. Cela demande pas mal d’heures et de réactivité. Il faut fouiner, se mettre des alertes, suivre les ventes des unes et des autres. Je colle aussi aux saisons : en ce moment j’achète des pulls car ils se revendent bien… et achète des robes d’été en prévision des beaux jours car les Vinties acceptent les baisses de prix, car ça ne part pas du tout en ce moment !”.


Depuis que j’ai Vinted, j’ai désinstallé Facebook et Instagram

Oui mais, comment arriver à garder un espace de vie “minimaliste” quand on achète autant ? “J’ai convaincu mon copain de me laisser une partie de la chambre d’ami, où je stocke mes vêtements à la vente et tout mon nécessaire pour confectionner les colis. Je me suis prise au jeu, j’adore faire les emballages, ça m’occupe.” “

La chambre d'ami accueille désormais le "coin colis" d'Alicia. elle y entrepose ses vêtements à vendre, son imprimante et tout son nécessaire pour emballer ses précieux vêtements.
La chambre d’ami accueille désormais le “coin colis” d’Alicia. Elle y entrepose ses vêtements à vendre, son imprimante et tout son nécessaire pour emballer ses précieux vêtements.

Vinted propose des vêtements certes, mais c’est aussi une communauté. On y trouve des sujets vêtements, bien sûr, mais aussi des thèmes mamans, sexo, “lifestyle”… La plupart des Vinties parlent du site comme une drogue. Et les concepteurs l’ont bien compris, le site est fait pour ça : on suit des dressings qui nous plaisent, on a des notifications, de nouveaux produits nous sont continuellement proposés sur la page d’accueil, le “ça y est j’arrête d’acheter” ne tient jamais longtemps. Pour achever la plus récalcitrante à la vente ou à l’achat, le site a donc proposé un espace Forum où l’on peut s’entraider, jouer, pousser ses coups de gueule, bref, passer plus de temps sur le site.  

 “Vinted est très addictif quelle que soit la raison pour laquelle on s’y trouve : en temps qu’acheteuse j’ai passé un temps fou à chercher des vêtements, en tant que vendeuse je suis à l’affût des prix, de la concurrence et des favoris, et la nuit en cas d’insomnies je parcours les forums pour trouver de la compagnie. Depuis que j’ai Vinted j’ai désinstallé Instagram et Facebook !”

Toi aussi, tu as décidé de faire le tri dans tes vêtements ? Ou au contraire, ton dressing est un royaume dans lequel la profusion est reine ? N’hésite pas à commenter !